Bioéconomie·26 octobre
La Télédétection au Chevet des Forêts : Traquer le Scolyte depuis l'Espace

Les forêts françaises font face à des menaces grandissantes. Depuis les sécheresses successives initiées en 2018, les peuplements résineux du Grand Est de la France subissent des attaques massives de scolytes (notamment le typographe), de petits insectes ravageurs qui profitent du stress hydrique des épicéas pour s'y multiplier et les tuer. Face à l'ampleur du phénomène, les observations terrestres classiques ne suffisent plus. Il faut prendre de la hauteur.
C'est ici qu'intervient la télédétection optique spatiale, une technologie qui permet de surveiller la santé de la canopée à l'échelle d'un pays entier, en captant des signaux invisibles à l'œil nu.
La physique de la lumière : voir la soif des arbres
Comment un satellite situé à près de 800 kilomètres d'altitude peut-il savoir qu'un arbre est malade avant même que ses feuilles ne tombent ? Tout repose sur la physique de la lumière et la réflectance, c'est-à-dire la capacité d'un objet à renvoyer la lumière du Soleil.
L'œil humain ne perçoit que le domaine du visible. Un arbre en bonne santé nous apparaît vert car la chlorophylle absorbe fortement le bleu et le rouge, et réfléchit le vert. Mais la véritable magie s'opère dans l'infrarouge.

Une végétation saine réfléchit massivement le proche infrarouge. Si l'on s'aventure plus loin dans le spectre, dans le domaine du "moyen infrarouge" (SWIR), la réflectance chute brusquement : c'est l'eau contenue dans les feuilles qui absorbe ces longueurs d'onde. Lorsqu'un arbre est stressé (par la sécheresse ou une attaque d'insectes), sa teneur en eau diminue et la structure de ses cellules se dégrade. Résultat : il réfléchit beaucoup plus de rouge (il brunit) et surtout, il modifie radicalement sa signature dans l'infrarouge. C'est ce signal de détresse précis que captent les satellites comme Sentinel-2.
L'algorithme FORDEAD : la traque temporelle
Pour exploiter cette propriété physique, les scientifiques (notamment d'INRAE et du laboratoire TETIS) ont développé une méthode d'analyse novatrice nommée FORDEAD. Plutôt que de regarder une simple photo à un instant T, l'algorithme analyse des séries temporelles denses d'images satellites (Sentinel-2 repasse tous les cinq jours).
La méthode repose sur l'identification d'anomalies :
- Modélisation de la norme : L'algorithme apprend d'abord le comportement saisonnier "normal" de l'indice de végétation d'un pixel de forêt saine au fil des saisons (sur la base d'années antérieures comme 2016-2017).
- Détection de la rupture : Il suit ensuite ce même pixel en temps réel. Si la signature infrarouge s'écarte trop de la courbe normale prévue, et ce de manière répétée, le système déclenche une alerte d'anomalie de végétation.
De la donnée brute à la cartographie stratégique
Bien que la méthode ne soit pas parfaite (le satellite détecte une souffrance végétale globale et peut parfois confondre une coupe sylvicole ou un bris de cime avec une attaque de scolyte), elle offre une vision macroscopique inédite.

Le croisement de ces détections spatiales avec les bases de données géographiques permet de générer des cartographies dynamiques. Les gestionnaires forestiers disposent ainsi d'un radar permettant de suivre la progression de l'épidémie dans l'espace et dans le temps, d'identifier les foyers d'infection actifs et d'orienter les équipes de terrain avec une précision stratégique redoutable.
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