Géographie, Cartographie·5 février
Cartographier les zones inondables avec des approches automatiques : le projet CARTINO 2D

Face à la multiplication des événements climatiques extrêmes, disposer d'une cartographie précise et à jour des zones inondables est un enjeu de sécurité publique majeur. Historiquement, la modélisation hydraulique nécessitait des études longues, coûteuses et menées au cas par cas. Aujourd'hui, grâce à la disponibilité massive de données topographiques (comme les Modèles Numériques de Terrain haute résolution) et à l'augmentation des capacités de calcul, une nouvelle ère s'ouvre : celle de la modélisation automatique à grande échelle.
C'est dans ce contexte que le Cerema déploie le projet CARTINO 2D, un outil ambitieux visant à fournir une vision homogène du risque inondation, de l'échelle nationale jusqu'à la résolution locale.
Les deux grands objectifs de CARTINO 2D
La force de la méthode développée par le Cerema réside dans sa capacité à traiter deux phénomènes hydrologiques distincts mais souvent complémentaires lors des épisodes méditerranéens intenses :
- La cartographie des têtes de bassins versants : Il s'agit de modéliser le ruissellement pluvial intense là où les cours d'eau ne sont pas encore formés ou sont de très petite taille. Cette approche permet de repérer les axes d'écoulement majeurs qui se créent subitement lors de fortes précipitations.
- La cartographie du débordement des cours d'eau : Pour les rivières et fleuves déjà constitués, le modèle simule la montée des eaux et l'extension spatiale du débordement (la zone d'expansion de la crue) en fonction de différentes périodes de retour.

Une méthode basée sur l'automatisation et la topographie haute résolution
Le cœur du moteur CARTINO 2D repose sur des algorithmes de résolution des équations de la mécanique des fluides en deux dimensions (2D).
Plutôt que de construire un modèle hydraulique "à la main" pour chaque commune, le système ingère automatiquement des bases de données géographiques à l'échelle d'un territoire entier. La donnée d'entrée fondamentale est le Modèle Numérique de Terrain (MNT) à très haute résolution (souvent issu de relevés LiDAR, comme ceux du programme national HD de l'IGN).
L'algorithme injecte ensuite virtuellement de l'eau (des "pluies nettes" de projet) sur cette topographie et calcule numériquement les chemins d'écoulement, les accumulations et les hauteurs d'eau. La précision du MNT permet au modèle de prendre en compte la micro-topographie : les talus, les routes, les murets ou les voies ferrées, qui jouent le rôle de digues naturelles ou d'obstacles majeurs lors d'une inondation.

Des résultats opérationnels pour l'Occitanie
En région Occitanie, particulièrement exposée aux crues soudaines et aux épisodes cévenols, ce type d'outil représente une avancée considérable. L'approche permet non seulement de combler les "trous de raquette" (les zones qui n'avaient jamais fait l'objet d'un Plan de Prévention des Risques d'Inondation), mais aussi de générer rapidement des cartes d'emprise pour des scénarios extrêmes.
Ces cartes de hauteurs d'eau et de vitesses d'écoulement deviennent alors des supports essentiels pour :
- L'aménagement du territoire : Éviter de construire dans les nouveaux axes de ruissellement identifiés.
- La gestion de crise : Préparer les plans communaux de sauvegarde (PCS) et anticiper les routes qui seront coupées.
- La prévention : Sensibiliser les populations locales à un risque souvent invisible en temps normal.
Bien que l'automatisation offre un gain de temps spectaculaire, les experts du Cerema rappellent que ces modèles nécessitent toujours un œil critique. L'expertise humaine reste indispensable pour caler les modèles sur des événements historiques (rejeux) et vérifier la cohérence des résultats terrain.
0 commentaire
Loading...
En savoir plus
Géographie·9 février
Vers des cartographies évolutives du Réservoir Utile du sol en Occitanie

L'eau est le défi majeur de l'agriculture du XXIe siècle. Mais pour gérer l'eau à l'échelle d'une exploitation ou d'un bassin versant, il ne suffit pas de regarder le ciel ou les nappes phréatiques : il faut regarder le sol. Le sol agit comme une véritable éponge. La quantité d'eau qu'il est capable de stocker et de restituer à la plante s'appelle le Réservoir Utile (RU).
Cartographie, Géographie·18 février
L'Intelligence Artificielle au Service de l'Intelligence Territoriale

L’Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), établissement public placé sous la double tutelle du Ministère de la Transition écologique et du Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, traverse aujourd'hui une transformation numérique en profondeur. L'époque de la simple production de cartes historiques statiques est révolue.
Géographie·28 novembre
Connectivité Écologique : De la Modélisation à la Preuve Génétique

La préservation de la biodiversité ne se limite plus à la création d'espaces protégés isolés. Face à l'effondrement du vivant, l'enjeu majeur de l'aménagement du territoire (à travers les documents d'urbanisme comme les PLUi ou les SRADDET) est d'assurer la connectivité écologique. Mais comment passer d'une vision théorique des déplacements de la faune à des cartographies scientifiquement robustes et opérationnelles pour les décideurs ?