Bioéconomie·21 janvier
Évaluation de l'état des terres affectées par la désertification en France métropolitaine

La désertification est souvent perçue comme un fléau lointain, réservé aux régions arides d'Afrique ou d'Asie. Pourtant, avec les changements climatiques, la question de la dégradation des terres sous des climats de plus en plus secs devient une préoccupation majeure en Europe du Sud, et particulièrement en France méditerranéenne.
Dans le cadre d'une étude financée par le Comité Scientifique Français de la Désertification (CSFD), des chercheurs se sont penchés sur l'évaluation précise des terres affectées par la désertification en France métropolitaine, avec un focus particulier sur la région Occitanie.
De quoi parle-t-on exactement ?
Pour aborder ce sujet de manière scientifique, il est crucial de s'appuyer sur les définitions de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD).
La désertification ne signifie pas l'avancée physique d'un désert de sable, mais désigne « la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines ».
La dégradation des terres, quant à elle, se traduit par une réduction ou une perte de la productivité biologique ou économique des terres cultivées, des pâturages ou des forêts, résultant d'une combinaison de pressions.
Pour caractériser ces milieux à risque, l'UNCCD s'appuie sur l'Indice d'aridité (qui décrit un climat où les précipitations sont nettement inférieures à l'évapotranspiration potentielle). Cet indice est classifié selon les seuils suivants :
- Hyper aride : < 0,05
- Aride : 0,05 à 0,2
- Semi-aride : 0,2 à 0,5
- Sub-humide sec : 0,5 à 0,65
- Humide : > 0,65

L'Indice d'Aridité (IA) : identifier les zones vulnérables
Pour qu'une zone soit considérée comme risquant la désertification, elle doit remplir deux conditions : se trouver dans une zone au climat sec, et subir une dégradation de ses sols.
La première étape a donc consisté à cartographier l'Indice d'Aridité (ratio entre les précipitations et l'évapotranspiration potentielle) sur la période 2000-2022. Les résultats montrent que :
- Au niveau national, 1,4 % du territoire français (soit environ 751 700 hectares) est classé en zone sèche (semi-aride ou subhumide sèche).
- Au niveau régional, l'Occitanie est en première ligne, avec 31 % de son territoire (466 818 ha) classé dans ces catégories climatiques vulnérables.
Mesurer la dégradation des terres (Indicateur ODD 15.3.1)
La seconde étape s'appuie sur l'indicateur 15.3.1 des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies, qui évalue la dégradation des terres en croisant trois sous-indicateurs :
- L'évolution de l'occupation des sols.
- La dynamique de la productivité des terres (via des indices de végétation par satellite).
- L'évolution des stocks de carbone organique dans le sol.
En appliquant cette méthodologie sur la France entre 2000 et 2020, l'étude révèle des zones de dégradation, bien que la grande majorité du territoire reste stable ou montre des signes d'amélioration de sa productivité (souvent liés à la fermeture des milieux ou à une intensification agricole).

Le diagnostic final : quelle surface réellement désertifiée ?
C'est en croisant ces deux cartes (climat sec + terres dégradées) que l'on obtient la surface réellement « désertifiée » au sens de l'ONU.
Les chiffres actuels se veulent rassurants à l'échelle macro, mais cachent des enjeux très localisés :
- En France : Seulement 0,1 % du territoire (76 000 ha) est aujourd'hui formellement affecté par la désertification.
- En Occitanie : Le chiffre monte à 0,5 % du territoire (environ 33 500 ha).

Conclusion et limites de l'exercice
Le périmètre affecté par la désertification en France est, pour l'instant, très circonscrit au pourtour méditerranéen (notamment les départements de l'Aude, de l'Hérault, Gard et des Pyrénées-Orientales).
Cependant, les chercheurs alertent sur les limites de cet indicateur global. Calculé à une échelle mondiale (résolution de 250m à 1km), il ne capte pas toujours les dégradations fines ou spécifiques (comme la salinisation ou l'érosion ravinante locale). De plus, avec l'accélération du changement climatique, les zones classées « sèches » risquent de s'étendre rapidement vers le nord dans les prochaines décennies, exposant de nouvelles terres à ce phénomène.
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